Page:Mirbeau - La Pipe de cidre.djvu/100

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Paysage de foule


— Ah ! mon Dieu !… Ah ! mon Dieu !… Au secours !… au secours !

Et M. Rodiguet, sur le seuil de sa porte, brusquement ouverte, apparut, la barbe en désordre, les bras en l’air, le regard hagard, la bouche convulsée.

— Ah ! mon Dieu !… Ah ! mon Dieu !… Au secours !… au secours !

C’était justement l’heure de sa promenade quotidienne. Aussi la stupéfaction de le voir en cet état fut-elle générale et profonde. Il y eut dans le petit bourg comme un ralentissement soudain, comme un arrêt de la vie. Il se passait une chose incroyable. M. Rodiguet, d’ordinaire si calme, si doux, si méthodique, dans sa façon de sortir de chez lui ; lui qui marchait si lentement, à pas comptés, les genoux en dehors, les jambes écartées symétriquement, au même angle, le dos humble, voûté, toujours souriant