Page:Mirbeau - La Pipe de cidre.djvu/176

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.





Paysage de foule


C’était la veille de Noël. Contrairement aux poèmes des poètes et aux images des chromo-lithographes qui veulent que, ce jour-là, le ciel soit couleur de plomb, les maisons et les jardins couverts de neige, les pauvres gens grelottants de froid, il faisait un soleil chaud et gai… un bon soleil qui dorait les maisons et les visages et qui caressait le dos des petits vieux assis sur les bancs de la promenade, en face de la mer… Les rues de la ville de C… étaient pleines de lumière, et les promeneurs y circulaient lentement, paresseusement, par groupes familiaux, parés de leurs beaux et ridicules habits des dimanches… Les ateliers chômaient, les boutiques resplendissaient… l’air charriait partout des odeurs d’oranges et de bois verni… Fleurs plus riches, bijoux plus faux, friandises plus rares, les vitrines, somptueusement décorées, offraient avec plus de