Page:Mirbeau - La Vache tachetée.djvu/208

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Un homme sensible


I

Je ne crois pas avoir jamais été méchant. Non, en vérité, je ne le crois pas. Tout enfant, j’étais même doué d’une sensibilité excessivement, exagérément douloureuse qui me portait à plaindre, — jusqu’à en être malade — les souffrances des autres… pourvu — cela va de soi, car je suis un artiste — qu’elles ne se compliquassent point de laideurs anormales ou de monstruosités physiologiques. Ah ! ce n’est pas moi — vous pouvez m’en croire — qui admettrai jamais l’esthétique de M. Rodin. Et, je puis me vanter que j’en ai jeté des pommes cuites à son Balzac !…

Je me rappelle avoir pleuré, durant plus de quinze jours, la mort d’un oiseau que j’avais