Page:Mirbeau - Le Journal d’une femme de chambre.djvu/47

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II


15 septembre.


Je n’ai pas encore écrit une seule fois le nom de mes maîtres. Ils s’appellent d’un nom ridicule et comique : Lanlaire… Monsieur et madame Lanlaire… Monsieur et madame va-t’faire Lanlaire !… Vous voyez d’ici toutes les bonnes plaisanteries qu’un tel nom comporte et qu’il doit forcément susciter. Quant à leurs prénoms, ils sont peut-être plus ridicules que leur nom et, si j’ose dire, ils le complètent. Celui de Monsieur est Isidore ; Euphrasie, celui de Madame… Euphrasie !… Je vous demande un peu.

La mercière, chez qui je suis allée tantôt pour un rassortissement de soie, m’a donné des renseignements sur la maison. Ça n’est pas du joli. Mais, pour être juste, je dois dire que je n’ai jamais rencontré une femme si rosse et si bavarde… Si ceux qui fournissent mes maîtres en parlent ainsi, comment doivent en parler ceux