Page:Mirbeau - Les Écrivains (deuxième série).djvu/139

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L’ESPOIR FUTUR


Hier, je suis allé rendre visite à un vieillard malade depuis trois mois et qui ne quitte plus la chambre. Je ne connais pas d’homme meilleur, ni plus charmant. Loin que la maladie l’ait aigri, elle a, en quelque sorte, affiné sa bonté. Et son intelligence demeure intacte, plus vive que jamais, peut-être, dans ce corps livré à tous les assauts, à tous les ébranlements de la souffrance.

Comme je m’étonnais de sa sérénité, il me disait, il y a quelques jours :

— Quand on pense, comme moi, à la mort… à la mort prochaine, on n’a plus le goût ni le temps de haïr. L’on se dépêche d’aimer, au contraire, non pas sa vie, qui ne vous est plus de rien… mais la Vie… Il semble que c’est seulement au moment de la quitter qu’on la com-