Page:Mirbeau - Les Écrivains (deuxième série).djvu/147

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LE MAUVAIS DÉSIR


Il semble qu’on n’ait plus, en ce moment, le temps ni le goût de lire des livres. Le journal hélas ! et ses quotidiennes violences, et ses mensonges, et ses folies, et ses crimes, suffisent à notre curiosité momentanément dévoyée. Non seulement nous ne lisons plus les livres ; nous n’en parlons même plus. Hormis cela que vous savez, nous ne parlons plus de rien. L’angoisse que les graves événements de l’intérieur et de l’extérieur donnent à tous les cœurs nobles, ne nous permet point les loisirs tranquilles et charmants que nous aimions. Il faut au livre qu’on lit l’heure calme et le repos de l’esprit. Or, les heures ne marquent plus que de l’inquiétude et de la fièvre. Les conversations ont pris un tour souvent agressif, qui fait que nous nous taisons.

Nous nous taisons sur toutes choses. Et nous