Page:Mirbeau - Les Écrivains (deuxième série).djvu/210

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ACADÉMICIEN ?


Il y avait bien longtemps que je n’avais rencontré mon ami Georges Leygues, et j’étais tout triste… quand, hier soir, dans les coulisses de l’Opéra, surgissant brusquement de derrière un praticable, sa belle tête plus cireuse que jamais, la moustache encore plus conquérante, expansif et gesticulatoire, ce diable de ministre me tomba dans les bras… Je crus d’abord, tant l’accolade avait été rapide et rude, que j’étais assommé par un décor de théâtre… Mon erreur ne fut pas longue… et je reconnus vite que je n’avais subi que le choc d’un accessoire de gouvernement… C’est moins dangereux…

— Ah ! enfin !… toi !… s’écria Georges Leygues… On ne te voit plus ! Qu’est-ce que tu deviens, espèce de sauvage ?… Tu me manques beaucoup, tu sais !…

— Et toi, donc ?… fis-je en essayant de méri-