Page:Mirbeau - Les Écrivains (première série).djvu/91

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À entendre les chroniqueurs illustres et même ceux, parmi les jeunes hommes, qui aspirent à le devenir, en buvant de crépusculaires absinthes à Tortoni, il n’y a que deux races d’hommes dans l’univers, races parfaitement déterminées et antipodales l’une à l’autre : les Parisiens, c’est-à-dire des êtres merveilleux, parés de toutes les qualités du cœur, de toutes les grâces de l’esprit, et les provinciaux, c’est-à-dire des brutes, assez semblables à des marmottes qui dorment des sommeils de six mois, au fond des trous, ou bien encore pareils aux hérissons qui se roulent en boule, sous des amas de feuilles sèches. Lorsqu’ils veulent marquer d’une façon irrémédiable le mépris qu’ils ont de quelqu’un, ils disent de lui, avec un air de supérieure impertinence et de sacerdotal dégoût : « Pouah ! c’est un provincial » . Et voilà un homme perdu dans