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LIVRE I, CHAP. XII

les années les premières et intimes croyances s’évaporent comme la rosée sous les feux du soleil levant. La religion latine a subi la commune loi, et s’est un jour, desséchée ; mais, du moins, elle a résisté plus longtemps que chez les autres peuples ; et les Latins nourrissaient encore une foi naïve quand les Grecs avaient perdu la leur depuis nombre d’années. Comme les couleurs sont filles de la lumière, alors même qu’elles en sont les dégradations physiques ; de même, les arts et les sciences vont détruisant les croyances auxquelles ils devaient la vie. Et, dans le va-et-vient fatal de ces créations et de ces anéantissements, les lois de la nature ont équitablement placé dans le lot des époques primitives certains dons que l’homme, plus tard, s’efforcera en vain de reconquérir. Le génie grec, avec son puissant essor intellectuel, a bien pu fonder une quasi-unité religieuse et littéraire ; mais il a en même temps rendu l’unité politique impossible : il n’a pas su inspirer la simplicité docile des caractères et des idées, l’esprit de renoncement et de fusion, conditions premières de l’unification. Il serait grand temps de cesser l’enfantillage des parallèles historiques, où les Grecs sont loués aux dépens des Romains, les Romains aux dépens des Grecs : comme le chêne peut vivre et grandir auprès de la rose, qu’on étudie donc, l’un auprès de l’autre cas deux géants de l’histoire ancienne, moins pour les vanter ou les blâmer, que pour les bien comprendre, et pour constater une bonne fois que leurs qualités dérivaient en quelque sorte de leurs défauts. La grande, la profonde différence entre les deux nations tient surtout à ce qu’à l’heure de leurs progrès, le Latium ne fut point en contact avec l’Orient, tandis que la Grèce le fut sans cesse. Nul peuple sur la terre, n’a été assez parfait par lui-même pour tirer de son propre fonds les merveilles de la civilisation hellénique, et, plus tard, celles de la civilisation