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CONTES POPULAIRES EN ITALIE

d’or. Un aigle auquel il a fait du bien arrive à propos pour le prendre sur ses ailes et le ramener sur la terre. Le plus jeune veille la nuit sur le jardin de son père et en chasse les voleurs et les brigands qu’il poursuit jusque dans les abîmes. Il s’élance aux plus hautes régions pour y trouver la plume de l’oiseau bleu, descend jusqu’au fond de la mer et en rapporte le cheveu d’or ; il enferme le magicien dans les fentes d’un rocher ; il triomphe à la fin de tous les obstacles, de toutes les infortunes ; il est rare que le premier trône du monde et la plus belle fille d’empereur ne lui soient pas réservés.

C’est pareillement la plus jeune des sœurs qui est l’héroïne du conte. Elle est la victime de sa mère, de son père et surtout de ses sœurs ; on la relègue au foyer comme Cendrillon, on lui impose les travaux les plus durs, on l’humilie, on la maltraite sans miséricorde ; mais, douce et forte, elle supporte tout sans murmurer. Malheur à elle si elle a des belles-sœurs et une belle-mère ; celle-ci, plus hideuse que nature, est particulièrement raffinée dans sa férocité. « Belles-mères et brus, dit un proverbe sicilien, sont venues au monde en se battant, » et cette fois le proverbe exagère à peine.

Tels sont les personnages nécessaires des contes ; il y a aussi quelquefois des femmes coupables, beaucoup moins cependant que dans les fabliaux du moyen âge et dans les romans contemporains ; il y a encore des personnages secondaires appartenant à toutes les castes et à tous les métiers, mais ils ne jouent jamais que des rôles accessoires.

Au-dessus des princes et des rois flottent les fées bienfaisantes pour la plupart, bien qu’elles soient condamnées par l’église comme des esprits malins ; le peuple sicilien croit encore en elles et les voit