Page:Monod - Renan, Taine, Michelet, 1894.djvu/264

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mes forces intellectuelles ont donné tout ce qu’elles pouvaient produire. Mais je ne puis admettre que la puissance d’aimer qui est en moi soit anéantie. » Il trouvait encore une autre preuve de l’immortalité dans la nécessité d’une autre vie où seront réparées les injustices de la vie terrestre[1]. Il a exprimé dans une page admirable de l’Oiseau cet invincible élan de son cœur vers l’immortalité.

« Le plus joyeux des êtres, c’est l’oiseau, parce qu’il se sent fort au delà de son action ; parce que, bercé, soulevé de l’haleine du ciel, il nage, il monte sans effort, comme en rêve. La force illimitée, la faculté sublime, obscure chez les êtres inférieurs, chez l’oiseau claire et vive, de prendre à volonté sa force au foyer maternel, d’aspirer la vie à torrent, c’est un enivrement divin.

» La tendance toute naturelle, non orgueilleuse, non impie, de chaque être, est de vouloir ressembler à la grande Mère, de se faire à son image, de participer aux ailes infatigables dont l’Amour éternel couve le monde.

  1. « L’empereur Nicolas, disait-il, suffirait pour me faire croire à la vie future. »