Page:Montaigne - Essais, Éd de Bordeaux, 1.djvu/90

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pallir et fremir des alarmes de sa conscience : Monsieur de tel lieu, vous vous doutez bien de ce que je vous veux, et vostre visage le montre. Vous n’avez rien à me cacher, car je suis instruict de vostre affaire si avant, que vous ne feriez qu’empirer vostre marché d’essayer à le couvrir. Vous sçavez bien telle chose et telle (qui estoyent les tenans et aboutissans des plus secretes pieces de cette menée) ; ne faillez sur vostre vie à me confesser la vérité de tout ce dessein. Quand ce pauvre homme se trouva pris et convaincu (car le tout avoit esté descouvert à la Royne par l’un des complisses) il n’eust qu’à joindre les mains et requerir la grace et misericorde de ce Prince, aux pieds duquel il se voulut jetter : mais il l’en garda, suyvant ainsi son propos : Venez çà ; vous ay-je autre-fois fait desplaisir ? ay-je offencé quelqu’un des vostres par haine particuliere ? Il n’y a pas trois semaines que je vous congnois, quelle raison vous a peu mouvoir à entreprendre ma mort ? Le gentil’homme respondit à cela d’une voix tremblante, que ce n’estoit aucune occasion particuliere qu’il en eust, mais l’interest de la cause generale de son party ; et qu’aucuns luy avoyent persuadé que ce seroit une execution pleine de pieté, d’extirper, en quelque maniere que ce fut, un si puissant ennemy de leur religion. Or, suyvit ce Prince, je vous veux montrer combien la religion que je tiens est plus douce que celle dequoy vous faictes profession. La vostre vous a conseillé de me tuer sans m’ouir, n’ayant receu de moy aucune offence ; et la mienne me commande que je vous pardonne, tout convaincu que vous estes de m’avoir voulu homicider sans raison. Allez vous en, retirez vous, que je ne vous voye plus icy ; et, si vous estes sage, prenez doresnavant en voz entreprinses des conseillers plus gens de bien que ceux là. L’Empereur Auguste, estant en la Gaule, reçeut certain advertissement d’une conjuration que luy brassoit Lucius Cinna ; il delibera de s’en venger, et manda