Page:Montaigne - Essais, Éd de Bordeaux, 3.djvu/69

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Ah’tum te miserum malique fati,
Quem attractis pedibus, patente porta,
Percurrent mugilésque raphanique.

Et le Dieu de nostre poete, quand il surprint avec sa femme l’un de ses compaignons, se contenta de leur en faire honte,

atqueatque aliquis de Diis non tristibus optat
Sic fieri turpis ;

et ne laisse pourtant pas de s’eschauffer des douces caresses qu’elle luy offre, se plaignant qu’elle soit pour cela entrée en deffiance de son affection :

Quid causas petis ex alto, fiducia cessit
Quo tibi, diva, mei ?

Voire elle luy faict requeste pour un sien bastard,

Arma rogo genitrix nato,

qui luy est liberalement accordée ; et parle Vulcan d’Aeneas avec honneur,

Arma arci facienda viro.

D’une humanité à la verité plus qu’humaine. Et cet excez de bonté, je consens qu’on le quitte aux Dieux :

nec divis homines componier aequum est.

Quant à la confusion des enfans, outre ce que les plus graves legislateurs l’ordonnent et l’affectent en leurs republiques, elle ne touche pas les femmes, où cette passion est, je ne sçay comment, encore mieux en son siege :

Saepe etiam Juno, maxima coelicolum,
Conjugis in culpa flagravit quotidiana.

Lors que la jalousie saisit ces pauvres ames foibles et sans resistance, c’est pitié comme elle les tirasse et tyrannise cruellement : elle s’y insinue sous tiltre d’amitié ; mais, depuis qu’elle les possede, les mesmes causes qui servoient de fondement à la bienvueillance servent de fondement de hayne capitale. C’est des maladies d’esprit celle à qui plus de choses servent d’alimant, et moins de choses de remede. La vertu, la santé,