Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/146

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CHAPITRE X.


DE LA SECTE STOÏQUE [1].


Les diverses sectes de philosophie chez les anciens pouvoien être considérées [2] comme des espèces de religion. Il n’y en a jamais eu dont les principes fussent plus dignes de l’homme, et plus propres à former des gens de bien, que celle des stoïciens ; et, si je pouvois un moment cesser de penser que je suis chrétien, je ne pourrois m’empêcher de mettre la destruction de la secte de Zenon au nombre des malheurs du genre humain [3].

Elle n’outroit que les choses dans lesquelles il y a de la grandeur : le mépris des plaisirs et de la douleur.

  1. Ce chapitre serait pris du Traité général des Devoirs, œuvre de la jeunesse de l'auteur. Ce travail fut lu en partie à l'académie de Bordeaux en 1725. V. un article de M. Despois, dans la Revue politique (14 novenbre 1874), article intitulé : De quelques opuscules inédits de MONTESQIEU.
  2. A. B. Étoient des espèces de religion.
  3. Considérations sur la grandeur et la décadence des Romains, ch. XVI.

    Les leçons des anciens n’avoient point d'autre but que celui de rendre les hommes plus heureux, et par conséquent plus vertueux ; ils regardoient les dogmes de la religion comme des choses sur lesqulles il étoit facile à l'esprit de l'homme de se tromper ; ils n’exigeoient donc pas une croyance, mais une pratique. Nous voulons absolument que les hommes croient ; nous mettons le principal mérite dans la foi ; nous ne faisons aucun quartier sur ce sujet. L'esprit de l'homme tourné vers cet objet avec force, s'y attache ; il oublie qu'il y en a un autre ; et dans la ferme persuasion que la foi le mène au salut, il néglige ses devoirs, suit ses penchants, se laisse entraîner par ses passions, et devient un être tout différent de ce que le principe