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LETTRES FAMILIÈRES.


citernes de Tournay, que Tournay vous envoie en députation. Jamais cela n’est arrivé à aucun chanoine.

Je vous dirai que la Sorbonne, peu contente des applaudissements qu’elle recevoit sur l’ouvrage de ses députés, en a nommé d’autres pour réexaminer l’affaire [1]. Je suis là-dessus extrêmement tranquille. Ils ne peuvent dire que ce que le Nouvelliste ecclésiastique a dit ; et je leur dirai ce que j’ai dit au Nouvelliste Ecclésiastique ; ils ne sont pas plus forts avec ce Nouvelliste, et ce Nouvelliste n’est pas plus fort avec eux. Il faut toujours en revenir à la raison ; mon livre est un livre de politique, et non pas un livre de théologie ; et leurs objections sont dans leurs têtes, et non pas dans mon livre.

Quant à Voltaire, il a trop d’esprit pour m’entendre ; tous les livres qu’il lit, il les fait, après quoi il approuve ou critique ce qu’il a fait. Je vous remercie de la critique du père Gerdil [2] ; elle est faite par un homme qui mériteroit de m’entendre, et puis de me critiquer. Je serois bien aise, mon cher ami, de vous revoir à Paris : vous me parleriez de toute l’Europe ; moi, je vous parlerois de mon village de la Brède, et de mon château, qui est à présent digne de recevoir celui qui a parcouru tous les pays :


Et maris et terræ, numero quæ carentis arenæ Mensorem [3].
  1. Après avoir tenu longtemps l'Esprit des Lois sur les fonts, la Sorbonne jugea à propos de suspendre sa censure. C’est, peut-être, une des plus sages démarches qu’elle ait faites depuis longtemps. (GUASCO.)
  2. Barnabite, alors professeur à l’université de Turin, et maintenant précepteur du prince de Piémont, homme de beaucoup de mérite, et qui s’est évertué à critiquer des grands hommes tels que Locke, Montesquieu et Jean-Jacques Rousseau. (G.) Voyez notre Introduction à l’Esprit des Lois, p. XLVIII.
  3. Horace, I,Od. XXXVIII.