Page:Montesquieu - Lettres persanes II, 1873.djvu/158

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Qu’un eunuque barbare porte sur moi ses viles mains, il agit par votre ordre : c’est le tyran qui m’outrage, et non pas celui qui exerce la tyrannie.

Vous pouvez, à votre fantaisie, redoubler vos mauvais traitements. Mon cœur est tranquille, depuis qu’il ne peut plus vous aimer. Votre âme se dégrade, et vous devenez cruel. Soyez sûr que vous n’êtes point heureux. Adieu.

Du sérail d’Ispahan, le 2 de la lune de Maharram, 1720.

LETTRE CLIX.

SOLIM À USBEK.
À Paris.


Je me plains, magnifique Seigneur, et je te plains : jamais serviteur fidèle n’est descendu dans l’affreux désespoir où je suis. Voici tes malheurs et les miens. Je ne t’en écris qu’en tremblant.

Je jure, par tous les prophètes du ciel, que, depuis que tu m’as confié tes femmes, j’ai veillé nuit et jour sur elles ; que je n’ai jamais suspendu un moment le cours de mes inquiétudes. J’ai commencé mon ministère par les châtiments ; et je les ai suspendus, sans sortir de mon austérité naturelle.

Mais que dis-je ? Pourquoi te vanter ici une fidélité qui t’a été inutile ? Oublie tous mes services passés ; regarde-moi comme un traître ; et