Page:Montesquieu - Lettres persanes II, 1873.djvu/53

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un venin secret et caché, une maladie de langueur qui afflige la nature humaine

De Venise, le 10 de la lune de Rhegeb 1718.

LETTRE CXIV.

USBEK À RHÉDI.
À Venise.


Le monde, mon cher Rhédi, n’est point incorruptible ; les cieux mêmes ne le sont pas : les astronomes sont des témoins oculaires de leurs changements, qui sont des effets bien naturels du mouvement universel de la matière.

La terre est soumise, comme les autres planètes, aux lois des mouvements ; elle souffre au-dedans d’elle un combat perpétuel de ses principes : la mer et le continent semblent être dans une guerre éternelle ; chaque instant produit de nouvelles combinaisons.

Les hommes, dans une demeure si sujette aux changements, sont dans un état aussi incertain : cent mille causes peuvent agir, dont la plus petite peut les détruire, et à plus forte raison, d’augmenter ou de diminuer leur nombre.

Je ne te parlerai pas de ces catastrophes particulières, si communes chez les historiens, qui ont détruit des villes et des royaumes entiers : il y en a de générales, qui ont mis bien des fois le genre humain à deux doigts de sa perte.