Page:Montesquieu - Lettres persanes II, 1873.djvu/95

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l’on trouve des vestiges de quelque royauté parmi eux, c’est qu’on a pris pour des rois les chefs des armées ou des républiques.

Tout ceci se passoit en Europe : car, pour l’Asie et l’Afrique, elles ont toujours été accablées sous le despotisme, si vous en exceptez quelques villes de l’Asie mineure dont nous avons parlé, et la république de Carthage en Afrique.

Le monde fut partagé entre deux puissantes républiques : celle de Rome et celle de Carthage. Il n’y a rien de si connu que les commencements de la République romaine, et rien qui le soit si peu que l’origine de celle de Carthage. On ignore absolument la suite des princes africains depuis Didon, et comment ils perdirent leur puissance. C’eût été un grand bonheur pour le monde que l’agrandissement prodigieux de la République romaine, s’il n’y avoit pas eu cette différence injuste entre les citoyens romains et les peuples vaincus ; si l’on avoit donné aux gouverneurs des provinces une autorité moins grande ; si les lois si saintes pour empêcher leur tyrannie avoient été observées, et s’ils ne s’étoient pas servis, pour les faire taire, des mêmes trésors que leur injustice avoit amassés.

Il semble que la liberté soit faite pour le génie des peuples d’Europe, et la servitude pour celui des peuples d’Asie. C’est en vain que les Romains offrirent aux Cappadociens ce précieux trésor : cette nation lâche le refusa, et elle courut à la servitude avec le même empressement que les autres peuples couroient à la liberté.

César opprima la République romaine, et la soumit à un pouvoir arbitraire.

L’Europe gémit longtemps sous un gouverne-