Page:Montfort - Un cœur vierge.djvu/112

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Je lui parlais de tous les pays où j’avais peint, je les lui décrivais. Je lui expliquais la différence qu’il y a entre la Méditerranée et cette mer-ci, et comment là-bas est le ciel, et comment est la terre. Elle m’écoutait en rêvant, s’abandonnant à l’imagination. Mais si elle ne trouvait à Houat aucun point de comparaison pour se représenter ce dont je lui parlais, elle mettait son front dans sa main, elle devenait triste. Elle ne pouvait plus me suivre. Tout à coup, l’infinité des choses qu’elle ignorait lui était apparue, le monde dont elle était séparée, le monde était devenu immense et incompréhensible, elle était écrasée, elle était perdue ; elle avait envie de pleurer. Alors, j’allais m’asseoir près d’elle, je tirais mon crayon, mon carnet à croquis, et ce qu’elle n’avait pu imaginer, je le lui dessinais. Et déjà le plaisir, l’étonnement qu’elle éprouvait en voyant sortir de ma main tant de formes et d’aspects effaçait sa tris-