Page:Montfort - Un cœur vierge.djvu/169

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Et je la regardai.

Elle était toute rose, ses narines battaient un peu, elle haletait ; elle fermait les yeux. Puis elle mit ses mains sur son visage et je crus qu’elle allait pleurer… Je réfléchissais. Elle avait beaucoup changé depuis le premier jour de notre rencontre ; elle était alors une enfant ; aujourd’hui c’était une femme.

Mais avait-elle réellement changé ? Naguère pour moi elle était tout âme ; son corps n’était rien que l’enveloppe charnelle de son âme ; sa voix, ses regards, ses gestes, étaient l’émanation d’un être intérieur que j’adorais ; sa forme n’avait qu’une signification spirituelle. Anne me semblait immatérielle, mon sentiment pour elle était tout à fait pur. À genoux, je la respectais tout entière. C’était une vierge immaculée, un agneau blanc, une idée.

Comment donc s’était-il fait que cet ange fût devenu pour moi une femme ? Je la consi-