Page:Montfort - Un cœur vierge.djvu/207

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la tête, je regardais Yvon, j’étais sur le point d’ouvrir la bouche pour lui parler, je ne m’y décidais point et je revenais à mon assiette sans rien dire. Yvon m’observait sans en avoir l’air. Il avait compris que c’était pour une raison sérieuse que je l’avais fait monter au fort ce soir. Il remarquait mon souci et ma gêne, il était gêné lui-même.

Il fallait tout de même en sortir. À la fin du dîner je me secouai ; je pris sur moi, je surmontai mon hésitation. J’allumai une cigarette, je me versai un verre de rhum, je mis les coudes sur la table et je regardai mon ami :

— Écoute, Yvon, voilà ce que j’ai à te dire. Il faut que nous partions d’ici.

— Que vous partiez ?…

— Oui, cette demoiselle et moi.

Il ne dit rien. Mais je vis à son sourcil soudain froncé, à un mouvement machinal de ses lèvres, que cela lui paraissait immense,