Page:Montfort - Un cœur vierge.djvu/209

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J’étais trop sûr d’avoir raison, je convaincrais Yvon. D’abord il se cabrerait, car ma volonté allait trop à l’encontre de ses habitudes, de sa façon de penser, des idées dans lesquelles il avait été élevé par ses parents si raisonnables, au milieu de cette île si sage. Mais je ne m’adresserais pas à son esprit. C’est à son cœur que je parlerais ; par là, j’étais bien certain de réduire ses scrupules, d’emporter finalement son adhésion.

Je me mis alors à lui raconter toute mon histoire, et je m’abandonnai à lui comme à un vieil ami. Depuis si longtemps je n’avais pas parlé, pas parlé humainement, à un homme !… Avec Anne c’était un dialogue divin : nous nous exprimions dans le langage de l’âme. À Yvon, je m’adressais comme à un autre moi-même. Je descendais au fond de mes pensées, j’analysais mes sentiments. Je m’épanchais. Je disais l’être que j’étais auparavant et celui que j’étais devenu. Je ré-