Page:Moreno - Reconnaissance de la région andine, 1897.djvu/92

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À midi, je campe à quelques mètres des toldos, au même point où je m’étais arrêté dans mon voyage précédent. Le cacique Shaihueque n’est pas encore arrivé avec sa tribu, mais il a prévenu qu’il approche. J’ai choisi les lots que le gouvernement de la Nation lui destinait provisoirement, jusqu’à ce que le Congrès lui donne des terres comme à Namuncura et à d’autres caciques qui y avaient moins de titres, parmi les lots libres voisins de la vallée du Tecka ; mais il résulte, d’après les rapports que je reçois, que les lots choisis dans le plan qui s’appelle « officiel » ne correspondent d’aucune manière au terrain choisi ; au lieu d’être prés du rio Tecka et de comprendre une partie de la vallée, ils sont situés sur les montagnes à l’ouest de celle-ci. Il semble incroyable que la division (la ubicación) de la terre fiscale soit faite d’après des documents aussi incomplets, et dans lesquels l’orographie et l’hydrographie sont si éloignées de la vérité. Je connais beaucoup de déceptions parmi ceux qui ont acquis des terres, en se fiant au dessin de ce plan.

Notre système de division et de distribution de la terre publique dans les territoires nationaux n’est pas basé sur un plan exact et détaillé qui contienne les données nécessaires pour assigner au terrain sa véritable valeur ; il ne peut être plus préjudiciable, et arrêtera assurément le progrès de ces territoires. La négligence actuelle du personnel des bureaux chargés de l’administration des terres publiques est impardonnable. Les travaux d’arpentage exécutés d’après leurs ordres ne contiennent pas les éléments nécessaires pour apprécier la topographie des terrains, ou les plans qui consignent les résultats sont mal dessinés. La responsabilité de ces erreurs retombe sur ceux qui livrent à la publicité de semblables données en leur imposant un caractère officiel ; ce sont les seuls renseignements sur lesquels puissent se baser les calculs de la plus grande partie de ceux qui désirent acquérir des terres nationales. Il circule dans la République une volumineuse publication officielle, avec un titre polychrome, intitulée : Atlas des colonies officielles de la République Argentine, et dans laquelle figure, comme première carte, celle de la République, déterminant l’emplacement des colonies nationales, en tenant compte des fleuves, chemins de fer et points principaux, dressée par le Département de Terres, Colonies et Agriculture (1895) ; échelle 1 : 3 000 000 ! Cette carte discrédite le bureau qui l’a publiée, et elle est le comble de l’inexactitude en matière de géographie officielle. Ceux qui l’ont construite ont oublié qu’en Patagonie il y a deux grands fleuves qui s’appellent rio Santa Cruz et rio Gallegos ; que le Dé-