Page:Moressée - Un mariage à Mondorf, 1887.djvu/287

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grimace. Et sa grosse gaieté reprenant le dessus :

— Boisson fort agréable, vraiment, dit-il en faisant miroiter son verre à la lumière qui venait des croisées. De l’eau chaude dans laquelle on a jeté une poignée de sel et fait tremper des allumettes de la régie !… Vrai, quand je pense que j’ai fait quatre-vingt-dix-huit lieues pour venir à Mondorf, sous couleur de boire cette drogue dans l’intérêt de ma santé, dénicher l’agréable corvée d’être garçon d’honneur à la noce de Mlle Dubreuil !…

C’était la vérité. La veille, pendant le souper qui avait gaiement terminé cette journée commencée dans la douleur, M. Dubreuil avait prié M. Pauley et son ami Florian de servir de témoins au mariage de sa fille. De son côté, Fernand, qui ne pouvait négliger son tuteur en cette occasion, avait demandé au docteur de venir signer au contrat ; le docteur avait accepté cette offre gracieuse, encore que ses nombreuses occupations lui permissent à peine une aussi longue absence.

Puis on avait parlé de fixer le jour du départ, et il avait été convenu que Raymonde préviendrait Rose de rentrer à Paris sans retard, pour y mettre tout en ordre à l’hôtel, et être en mesure d’y recevoir ses maîtres le jeudi soir. C’était à écrire cette lettre que Raymonde avait occupé la dernière heure de la soirée.

« Rose, écrivait-elle, ma chère Rose, quelle surprise va te causer cette lettre, et quelle joie, si tu m’aimes toujours comme tu m’aimais avant notre départ. Te souviens-tu de ce jeune homme dont je te parlais dans ma dernière lettre, en te disant que ses souffrances m’avaient troublée au fond de moi-même, et que j’avais été affectée, en apprenant que