Page:Mousseau - L'envers du journalisme, 1912.djvu/10

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
13
L’ENVERS DU JOURNALISME

crayons ne courent plus sur le papier, les machines à écrire ne font plus entendre leur « tapotement » monotone et assourdissant ; mais on est encore vibrant du travail intense que l’heure de la « mise en page » a brusquement interrompu, on est encore en éveil. On se hâte donc de déplier et de parcourir le journal. On cherche l’endroit où se trouvent les nouvelles qu’on a données ; on regarde si elles ont été bien mises en valeur par un titre approprié et si elles sont en bonne place ; on constate si elles sont convenablement écrites, — car on les a rédigées trop vite pour pouvoir s’en rendre compte. Le city editor, lui, d’un air sérieux et absorbé, passe en revue les titres. Son œil exercé va de l’un à l’autre, pour voir si quelque coquille fâcheuse n’a pas été faite dans la précipitation de la dernière heure : une transposition de titres est toujours à craindre et il faudrait y remédier au plus tôt, s’il s’en était produit. Il ne faut pas livrer le journal au public avec quelque erreur ridicule dont on rirait et dont les « confrères » ne manqueraient pas de faire des gorges-chaudes.

Les premières salutations échangées, Martin demanda à Bernier si c’était le bon moment pour se faire présenter.

— Oui, répondit-il, attends un peu ; je vais aller parler au city editor.

Martin demeura debout, à côté du pupitre de Bernier, et il se mit à regarder autour de lui, avec curiosité. Il avait peine à croire que cette salle, qui ressemblait actuellement à un cabinet de lecture, avec tout le personnel lisant le journal, fût l’endroit d’où sortaient toutes les nouvelles extraordi-