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L’ENVERS DU JOURNALISME

pupitre, fait pour contenir une machine à écrire, n’en contenait plus, mais la planche qui servait à porter la machine était restée ; elle pressait douloureusement les genoux de Martin, qui ne pouvait s’approcher assez du pupitre pour être confortable et qui commença l’apprentissage de la vie de reporter assis en diagonale sur sa chaise de bois.

Pendant qu’il s’installait, les autres entraient.

La salle s’emplit peu à peu de la rumeur des allées et venues, des conversations rapides entre voisins, du bruit des machines et des courses des garçons, appelés çà et là. Par-dessus ce bruit, dont les sonneries de téléphone et le crépitement de l’appareil télégraphique augmentaient l’intensité jusqu’à ce qu’il devînt un véritable vacarme, on entendait la voix brève de Dorion, donnant ses ordres et distribuant la copie : « ici, garçon ! va porter cela à monsieur Lemire. Donne cet article à monsieur Bernier ».

Martin eut envie de se boucher les oreilles. Il prit sur lui-même cependant et se mit courageusement au travail. Autour de lui, ses nouveaux camarades écrivaient comme si c’était la chose la plus naturelle du monde de travailler au milieu d’un pareil charivari. Il en fit autant.

Dorion lui avait passé une petite découpure de la « Gazette », rien qu’un petit article de dix lignes, mais où il pouvait faire assez de fautes dans la traduction pour que son sort comme reporter fût définitivement scellé.

Il traduisit sans embarras et rendit son travail à Dorion. Celui-ci y jeta un coup d’œil, constata que Martin semblait savoir son français et lui pas-