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L’ENVERS DU JOURNALISME

Sasseville faisait le sport. C’était un bon diable à qui on pouvait se fier et qui avait la belle humeur d’un véritable sportman.

Et il y en avait encore une foule d’autres : Goyon, qui dépouillait le courrier envoyé, par les correspondants de la campagne et des différentes villes de la province ; Roy, qui était chargé d’écrire les inepties qui servent d’accompagnement aux gravures trop souvent grotesques dont un grand journal se croit obligé d’orner sa première page, chaque samedi ; Brunet, qui fréquentait dans le monde de l’immeuble et de l’auto ; Arpin, qui s’occupait des incendies et des nouvelles de la banlieue ; Lachapelle, qui assistait aux séances du conseil municipal et qui rapportait les solennelles fumisteries des édiles de la bonne ville de Montréal ; Langevin, qui joignait à l’occupation de traduire les dépêches de la presse associée celle, non moins importante pour lui, de brouiller les camarades, afin de profiter autant que possible de leurs discordes.

Ces journalistes, appartenant à des classes sociales différentes et dont quelques uns avaient choisi le journalisme comme gagne-pain parce qu’ils n’avaient pu réussir ailleurs, formaient un assemblage fort disparate. Les étudiants qui n’avaient jamais pu se faire recevoir médecins, avocats ni quoique œ soit étaient en majorité parmi eux. Il y avait aussi une couple de jeunes avocats, que le manque d’argent avait empêché d’attendre une clientèle qui ne venait pas.

Dorion, qui avait charge de faire marcher avec ensemble des éléments aussi dissemblables, était un journaliste de carrière. Il en avait vu passer de toutes les sortes sous ses ordres, et il savait tirer le meilleur parti possible des aptitudes d’un chacun.