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L’ENVERS DU JOURNALISME

Les reporters avaient interrompu leur travail, se doutant que quelqu’accident sérieux venait d’arriver et qu’on allait les mettre à contribution. Ils écoutaient, anxieux.

On entendait les mots de « chemin de fer », de « gare », de « locomotive échappée »… Finalement, tous comprirent, à travers les phrases incohérentes et entrecoupées du city editor et de ceux qui lui apportaient la nouvelle, qu’une locomotive était entrée à toute vapeur dans la gare Windsor, avait passé au travers des murs de la gare et ne s’était arrêtée qu’au milieu de la salle des voyageurs, à ce moment remplie de gens qui attendaient leur train.

Il y eut un moment de stupeur. C’était comme si on avait appris aux journalistes qu’un mastodonte était entré au grand galop dans le salon d’une habitation. La nouvelle était inouïe et de nature à surprendre même des reporters.

Quand il fut revenu de son étonnement et qu’il eut repris son sang-froid, le city editor appela ses hommes. Il leur donna ses instructions, leur partagea la besogne et les envoya.

Martin, appelé le dernier, partit seul.

Il anticipait un spectacle surpassant tout ce qu’on pouvait imaginer ; il ne fût pas déçu.

Quand il se fut frayé un chemin à travers la foule qui encombrait les abords de la salle où avait pénétré la locomotive, il fut arrêté par un agent de police, qui lui défendit de dépasser le câble qu’on avait tendu pour contenir les curieux.

Il obéit docilement et regarda la locomotive, dont il avait aperçu de loin le tuyau surplombant