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L’ENVERS DU JOURNALISME

— Oui, mais les chemins sont absolument gâtés par la pluie et le trajet est beaucoup plus long en voiture que par le chemin de fer.

— C’est plus que quinze milles ?

— Oh oui ; c’est quinze milles par le chemin de fer, mais vingt et plus par la route.

Le fonctionnaire demanda alors à Martin pourquoi il ne prenait pas un autre train pour Montréal, le lendemain, ajoutant qu’il y en avait plusieurs. Martin lui expliqua la raison pour laquelle il tenait à prendre ce train. « Je vais marcher, » dit-il résolument ; « c’est la seule chose qui me reste à faire ». Et sans plus tarder, après avoir dit bonsoir, il partit pour faire ses quinze milles sur les traverses du chemin de fer.

La voie ferrée s’étendait à perte de vue entre deux bandes de gazon fané que la lune éclairait faiblement et qui semblait grisâtre. L’air était chaud, mais n’avait pas la senteur des jours d’été. C’était une belle nuit, mais elle semblait maussade, avec son gazon défraîchi, avec son atmosphère où ne passait aucun souffle sympathique, avec sa lumière qui bannissait tout mystère, sans apporter la clarté. Les champs épuisés par la moisson n’avaient aucun parfum. La nature était morne et, quoiqu’il fût à peine dix heures du soir, rien de vivant ne s’entendait ni ne se voyait. Les gens étaient rentrés chez eux et les bêtes avaient déserté les pâturages devenus stériles.

Martin marchait, marchait, suivant le remblai, quand cela était possible, ou sautant de dormant en