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L’ENVERS DU JOURNALISME

pie, pour allonger les comptes rendus de Tagut et de Petit, qui devenaient par trop courts.

Une ville comme Trois-Rivières ne brûle pas tous les jours, que diable, et il faut parler un peu de semblable événement.

Le nouveau city editor, qui s’appelait Lebrun et qui croyait, comme Dorion, qu’il faut « épater les gogos, » dit sarcastiquement à Martin : « Si vous pouvez faire passer le reste de la ville au feu, vous savez, ça nous fera encore de la copie pour une semaine et vous aurez la chance de vous signaler autant que Targut et Petit ».

Martin et le photographe trouvèrent Petit et Targut à la gare.

Targut avait fait le gros de la besogne, jusque là, et il ne tenait pas à se voir enlever la direction du travail ni à perdre le crédit de la besogne déjà faite. Aussi, craignant que Martin ne vînt le remplacer, il lui fit grise mine.

Pour bien définir la situation, il dit à Martin, au moment ou ils montaient en voiture tous ensemble, pour se rendre à l’hôtel : « tu vas t’asseoir en avant, tu sais, c’est moi qui mène ici et il convient que j’aie le meilleur siège, en arrière. »

Martin resta interloqué de tant d’effronterie et de tant d’impudence ingénue. Il s’assit en avant, en réprimant une forte envie de rire, car il n’avait nulle intention d’entrer en rivalité avec Targut et celui-ci l’amusait énormément.

Targut, satisfait de la docilité de Martin et complètement rassuré, se mit à parler avec volubilité et fit aux nouveaux arri-