Page:Musset - Poésies, édition Nelson.djvu/51

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Salut! — J’ai combattu dans vos camps ennemis.
Par cent coups meurtriers devenu respectable,
Vétéran, je m’assois sur mon tambour crevé.
Racine, rencontrant Shakspeare sur ma table,
S’endort près de Boileau, qui leur a pardonné.
 
Mais toi, moral troupeau, dont la docte cervelle
S’est scchée en silence aux leçons de Thénard,
Enfants régénérés d’une mère immortelle,
Qui savez parler vers, prose et naïf dans l’art,
O jeunesse du siècle ! intrépide jeunesse!
Ouitteras-tu pour moi le Globe ou les Débats?
Lisez un paresseux, enfants de la paresse...
Muse, reprends ta lyre, et rouvre-moi tes bras.
 
France, ô mon beau pays ! j’ai de plus d’un outrage
Offensé ton céleste, harmonieux langage,
Idiome de l’amour, si doux qu’à le parler
Tes femmes sur la lèvre en gardent un sourire;
Le miel le plus doré qui sur la triste lyre
De la bouche et du cœur ait pu jamais couler!
Mère de mes aïeux, ma nourrice et ma mère,
Me pardonneras-tu ? Serai-je digne encor
De faire sous mes doigts vibrer la harpe d’or?
Ce ne sont plus les fils d’une terre étrangère
Que je veux célébrer, ô ma belle cité!
Je ne sortirai pas de ce bord enchanté