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CHRONIQUE DE CAERDAL I02I

nichon, colonel Favier, Jules Pardessus et S. Alt. le Prince de Villers ; chevalier de Cutendre et Horace Smith : enfin, il a pris et porté deux cents noms. Il se donnait tantôt pour le duc de Stendhal, tantôt pour un voyageur en ferrailles. Ce goût du masque est-il l'instinct de la comédie ? le plaisir de tromper ? Ou comment l'accorder avec la fureur de vérité, ce besoin qui ne se distingue pas, dans Stendhal, d’avec l’élan de vivre ?

Vivre les passions et les connaître, c’est s’y livrer deux fois, et les renouveler toutes, la vie n’étant que le premier temps de l’intelligence ; les actions sont la matière des livres, soit qu’on l’emprunte, soit qu’on la fournisse. N’y a-t-il pas du mensonge dans le jeu de mystifier, si l’on s’y plaît ? Je répondrai qu’il en est ainsi dans le comédien, et point du tout dans l’artiste. Le masque de l’interprète n’est pas celui du poète comique.

C’est par imagination que le poète mystifie. Il fait un nouveau personnage, chaque fois qu’il se sent l’être. Mais d’abord il l’est. Il ne dupe pas les autres : il se satisfait lui-même ; quand il s’est répondu, il leur répond : loin de les abuser, il se révèle. Il bouffonne au besoin : pour se donner lieu de rire.

J’ai su quelqu’un, naguère, qui prenait ainsi toute sorte de noms, par un attrait irrésistible : il brûlait d’être un peu, dans le monde, tous les hommes qu’il est en secret. Cet homme là, entre