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RÉFLEXIONS SUR LA LITTÉRATURE IO4I

Mais jusqu'ici il fallait que l'adaptateur désarticulât le roman pour le projeter sur l'écran. Cette fois il n'aura qu'à prendre tel quel le roman-scénario de M. Bordeaux pour en tirer le plus joli film que puissent voir les petits et les grands enfants d'Europe.

Quand le cinéma sera sorti de sa phase empirique, que son esthétique propre se dégagera, et que des artistes vrais essayeront d'en faire autre chose que le pot-pourri assez discordant et saugrenu qu'il est généralement aujourd'hui, on comprendra sans doute qu'un film c'est un mouvement, que tout doit y être sacrifié au mouvement, construit ou plutôt orienté en vue d'un mouvement. La course folle, en boule de neige, la poursuite des sergents de ville, des étalagistes renversés, des petits pâtis- siers, qui fait normalement le fond inchangé d'un épisode comique, demeurent très caractéristiques : car, bien qu'hérités du vaudeville, ils sont nécessités parle genre cinématographique, ils lui sont incorporés comme la nôfjLTrr] à l'ancienne comédie attique. Ils constituent le schéma que doit s'attacher à déve- lopper l'art du cinéma. Cela d'un côté, le futurisme milanais de l'autre, voilà peut-être deux extrêmes encore grossiers qui aideraient notre imagination à évoquer cet art de mouvement, cette danse du monde sur l'écran d'une salle, art vrai, complet, cherchant ses moyens dans son principe et dans son centre, tel que le courant du siècle le verra certainement s'épanouir.

La Nouvelle Croisade c'est la forme la plus ingénieuse et la plus délicate qu'ait prise jusqu'ici l'idée de cette course folle, rythme élémentaire, respiration et vie de tout le roman, et par laquelle sont aspirés, définis, tous les personnages de M. Bordeaux. Le titre d'un chapitre : Et la poursuite continue... pourrait former le sous-titre du roman, jusqu'au moment où la poursuite se termine dans la communion des enfants.

Cette course, c'est le départ des enfants d'un village savoisien, qui, ayant entendu en classe l'instituteur raconter la Croisade des enfants, celle du XIIP siècle, sont amenés par un des leurs.

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