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5l8 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Elle n'a pas accepté de bon cœur sa vraie destinée ; elle est " hybride " et son hybridité la perd.

L'œuvre d'art la plus insolite porte, à son point de réussite, je ne sais quoi de décisif qui force le consentement, qui vous rassure et qui vous comble. La dernière pièce de M. de Curel, à ne l'envisager que comme une oeuvre d'art, est hardie, curieuse, non péremptoire. Elle raffine trop visiblement sur ses hardiesses. Elle a des ailes, mais ses ailes ne sont point libres. Même quand elle suit son chemin, elle semble errer. — On a parlé de Marivaux : le rapprochement serait juste, à l'époque près et à l'art. Mais allez donc séparer dans votre plaisir et dans votre jugement, les subtilités d'analyses qui font le prix de la Double Inconstance, de l'extraordinaire aisance avec laquelle elles sont amenées et dosées ! Marivaux sans la forme ? Y pouvez- vous songer ? Marivaux est un jeu, bien sûr, mais si prestement réussi qu'il pourrait ne rejoindre pas le réel et quand même nous satisfaire. M. de Curel n'a ni la grâce, ni le tour, ni la facilité ; il est l'homme des idées simples et des cas de conscience cornéliens ; sa force aussitôt devient gaucherie, s'il s'avise de l'assouplir. Il s'est trompé : il paie l'excès de son audace... Un grand sujet, fleuri de puissantes images, le servira mieux une prochaine fois.

H. G.

��LE BALADIN DU MONDE OCCIDENTAL de J. M. Synge, traduction Maurice Bourgeois (Théâtre de l'Œuvre).

C'est une œuvre charmante et déconcertante que la pièce poétique et burlesque de J. M. Synge que vient de nous donner le théâtre de l'Œuvre. Solidement racinée dans la terre, dans une certaine terre, elle jette sa pointe aiguë dans le ciel comme un clocher catholique d'Irlande. On l'écoute à la fois comme un conte, comme une satire, comme un poème allégo-

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