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886 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

M°^^ Colette, dont la simple franchise avouerait qu'elle ignore M. Bergson.

Cette mixture savamment préparée égarera peut-être le lecteur pris de " cette douce ébriété " que communiquent les fumées des mots : Tauteur de la Philosophie Pathétique espère lui faire ainsi accepter la thèse essentielle de ce petit livre. Le succès du bergsonisme s'expliquerait par " sa correspondance " supposée avec le goût du public ; cette philosophie répondrait à " des passions de ce temps " : elle serait venue dire " aux mondains ce qu'ils voulaient entendre, donner expression à leurs désirs les plus profonds. " M. Benda feint d'ignorer les préjugés qu'a rencontrés, les résistances qu'a eu à vaincre la philo- sophie nouvelle, lorsqu'il y a vingt-cinq ans {V Essai sur les données immédiates de la conscience est de 1888), elle a lutté contre le mécanisme et le déterminisme alors à la mode parmi les scien- tifiques et parmi les mondains. Parmi les mondains tout le

monde sait que, dans le sens où M. Benda entend parler de mondains, ceux-ci se font les dociles suiveurs des philosophies les plus opposées ; mais ces engouements à bascule n'ont rien de commun avec les sympathies intellectuelles de bon aloi qu'a suscitées le bergsonisme : la plus forte preuve de sa vertu inspiratrice n'est-elle pas l'accord qui existe entre les tendances générales de cette philosophie et les recherches poursuivies dans des domaines très divers par des hommes que ne rappro- chent ni le même milieu, ni la même formation, ni le même tempérament ?

M. Benda réduit le bergsonisme à n'être qu'une philos phie du ^ pur sentir ", une philosophie du sentiment. Or, pa une seule fois, dans tout ce qu'il a écrit, M. Bergson n'a fait appel au sentiment. L'appel " au pur sentiment " est une invention de M. Benda. Quand M. Bergson a employé le mot

    • sympathie ", il a expliqué, il a précisé tout au moins par le

contexte que ce mot était pris au sens étymologique pour désigner une espèce de coïncidence de l'esprit avec son objet.

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