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NOTES 899

paraissent, dans ce livre, manquer d'envergure. Son style a de sérieuses qualités et on lui reconnaîtra le mérite de le bien soigner.

Mais qu'il se méfie de son application. Ce roman de jeune homme réalise une trop évidente perfection. Une si grande assurance le dessert. Serré, un peu étroit, on le sent trop bien fait, trop habilement monté. On aimerait y voir quelques-unes de ces incertitudes qui montrent une âme inquiète de se con- quérir et qui sont un des plus sûrs mérites de l'écrivain, parce que, dans la découverte du monde et de lui-même, c'est ce qu'il ne connaît pas encore qui doit le plus l'intéresser.

G. S,

�� ��L'HÉRITAGE, roman par Henri Bachelin (Bernard Grasset, 3 fr. 50.)

L'effort de Henri Bachelin s'applique trop consciencieuse- ment au réel pour que son style, en chaque livre, ne prenne point la couleur du sujet. Dans Juliette la Jolie, — nos lec- teurs s'en souviennent, — les scènes d'existence villageoise se relevaient de verdeur et de fraîcheur. Mais une teinte morne et grise convenait seule à VHéritage ; ce tableau d'une ambition impuissante, ce récit d'une vie manquée, m'a rappelé tels romans de Gissing — la Rançon d^Eve, la Rue des Meurt-de- faitx — où la misère des grandes villes, écrasant peu à peu des âmes délicates, les contraint à renier tous leurs espoirs.

Le fils d'un artisan étudie au collège ; après quatre ans de régiment, employé dans sa petite ville, il fait des projets litté- raires, il les emporte à Paris, dans les bureaux de la banque où il lui faut gagner son pain. Mais le manque d'argent arrête ses ewais de poésie comme ses essais de libre amour ; le mariage, la paternité l'enfoncent de force en son métier ; au jour des funérailles de son père, il se résoud amèrement à l'abdication :

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