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866 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

tranquilles. Léon Nicolaïcvitch lui souriait d'un air caressant, et parlait alternativement le français et l'anglais. Il lui dit en russe :

« Karamzine écrivit pour le tsar, Soloviov longuement et de façon ennuyeuse et Kloutchevski pour son propre amuse- ment. Un malin, ce Kloutchevski ; au début vous avez l'im- pression qu'il loue, puis, à mesure que vous lisez, vous vous apercevez qu'il blâme. »

Quelqu'un mentionna le nom de Zabiélinc.

<■; C'est un délicat. Un collectionneur amateur. Il collec- tionne toute chose, que ce soit utile ou non. Il parle de nourriture, comme s'il n'avait jamais fait un solide repas, mais il est amusant, très amusant. »

IX

Il me rappelle ces pèlerins, qui toute leur vie, le bâton en main, errent de par le monde, parcourant des milliers de lieues, d'un monastère à l'autre, passant des reliques de tel saint à celles de tel autre, toujours sans foyer et terriblement étrangers à tous les hommes et à toutes les choses. Le monde n'a pas été fait pour eux, ni Dieu non plus. Ils lui adressent des prières, par habitude, et dans le secret de leur âme, ils le haïssent. — Pourquoi les pourchasse-t-il par toute la terre, d'un bout à l'autre ? Pourquoi donc ? Les gens sont des sou- ches, des racines, des pierres posées en travers du chemin, sur lesquelles on butte et qui vous blessent parfois. On peut se passer d'eux, mais il n'est pas désagréable parfois d'étonner quelqu'un en manifestant devant lui de la dissem- blance et ce qui vous différencie.

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