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872 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

par le travail des paysans et paysannes, ou par les taxes qu'ils paient, mais au sens littéral du mot, par leur sang. Si l'aristocratie ne s'était pas de temps à autre accouplée à des mastodontes comme cette femme-là, il y a longtemps qu'elle se serait éteinte. Lorsqu'on gaspille ses forces comme le faisaient les jeunes gens de mon temps, il est impossible que ce soit impunément. Mais après avoir jeté leur gourme, beaucoup d'entre eux épousèrent des filles de serfs et par là sauvèrent la race. C'est aussi de cette façon que la force des paysans a été leur salut. Cette force-là se manifeste partout. La moitié de l'aristocratie en est réduite à vivre de son propre fonds, tandis que l'autre moitié mêle son sang à celui des paysans qui s'en trouve quelque peu dilué. Cela a son utilité. »

XX

Tout comme un romancier français, il parle souvent et volontiers des femmes, mais avec en plus la grossièreté d'un paysan russe. Autrefois cela me produisait une impression désagréable. Aujourd'hui dans le parc d'Almond il demanda à Anton Tchékhov :

— Avez-vous beaucoup fait l'amour quand vous étiez jeune ?

Anton Pavlovitch eut un sourire embarrassé, et tirant sur sa petite barbe, marmotta quelque chose d'incompré- hensible. Et Léon Nicolaïevitch regardant vers la mer avoua :

— J'étais infatigable...

Il dit cela en pénitent, employant à la fin de sa phrase, une expression salée de paysan. Et je remarquai pour la première fois la simplicité avec laquelle il usait de pareils termes, tout comme s'il n'en connaissait pas d'autres, qui fussent plus appropriés. Toutes les paroles de ce genre, sortant de ses lè\Tes perdues dans des poils épais, ont quel-

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