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Voici les deux premiers Nos d'une très petite revue très rouge, qui s'intitule “ Sincérité ”. M. Nazzi tout seul l'alimente. Qui est M. Louis Nazzi ? A me le faire bien connaître, ces 60 pages ne suffisent pas encore. Elles me renseignent sur ses opinions plutôt que sur ses goûts, c'est à dire que sur lui-même. Je ne puis pas m'intéresser d'abord aux opinions ; mais bien d'abord à la personne.

Le mot sincérité est un de ceux qu'il me devient le plus malaisé de comprendre. J'ai connu tant de jeunes gens qui se targuaient de sincérité !... Certains étaient prétentieux et insupportables ; d'autres, brutaux ; le son même de leur voix sonnait faux... En général se croit sincère tout jeune homme à convictions et incapable de critique.

Baudelaire, Verlaine, les plus sincères de nos poètes passèrent aux yeux de leurs contemporains pour de fieffés poseurs.

Et quelle confusion entre sincérité et “ sans-gêne ” ! La sincérité ne me chaut, en art, que lorsqu'elle est difficilement consentie. Seules les âmes très banales atteignent aisément à l'expression sincère de leur personnalité. Car une personnalité neuve ne s'exprime sincèrement que dans une forme neuve. La phrase qui nous est personnelle doit rester aussi particulièrement difficile à bander que l'arc d'Ulysse.

Je n'écris pas ceci contre la revue de M. Nazzi, mais à côté.

Il y a de tout, dans cette revue : Aphorismes, contes,