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CHARLES BLANCHARD 453

que vous apprend le sol d'une maison lorsque vous l'avez longtemps gratté du coin de votre sabot.

Il arrivait un moment où Solange Blanchard avait terminé cette première partie de sa besogne. Tout d'abord elle restait absolument immobile. Il y a lieu de croire qu'elle ne voulait pas se hâter et qu'avant d'en tirer parti elle rassemblait, elle groupait les observations qu'elle avait faites. Son visage exprimait le calme, la réflexion, la sagesse ; chacune de ses lignes était bien à sa place ; ses yeux ne brillaient pas comme les yeux des enfants enthousiastes, mais une flamme mesurée témoignait du bon ordre qui régnait dans son esprit. Lorsque plus tard, l'homme étudie la vie des siens et y cherche les traits essentiels, lorsque plus tard Charles Blanchard se rappelait sa mère, et voulait se la représenter, il choisissait l'expres- sion de visage qu'elle avait en ces moments-là. Il semblait alors qu'elle portât toute son âme, on la voyait.

C'est à coup sûr, qu'elle agissait ensuite. Elle aboutissait à tel résultat parce que c'était à tel résultat qu'il fallait aboutir. Elle faisait telle chose parce que c'était telle chose qu'il fallait faire, et celui qui eût été à ses côtés l'eût regardée avec une grande attention pour qu'elle lui enseignât une vérité qu'il n'avait sans doute pas approfondie comme elle.

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