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126 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

fontaine où les bas quartiers de la Ville s’alimentent, tourne au souhait de Celle qui ne souffrit jamais d’être regardée nue. A peine, en forçant des yeux les noirs barreaux dont elle est obstruée, distingue-t-on l’affleurement d’une nappe immobile, épaissie sur les bords de pariétaires et de mousses. Quand le regard s’est fait à ces glauques ténèbres, on discerne au fond de la grotte, peints à même la roche, des nimbes effacés, des images flottantes que l’humidité désagrège. Comme les cavernes des rivages africains où l’on célébrait autrefois les rites de la Bonne Déesse, et qui furent dédiées à la Mère de Dieu, celle-ci fut mise sous l’invocation de la Vierge. Mais Diane est toujours victorieuse. En la cloîtrant sous l’ogive, en la dévouant à Marie Immaculée, on n’a fait que lui rendre hommage et maintenir plus étroitement son culte et sa mémoire. Tous les exorcismes qu’on emploie à conjurer les puissances élémentaires se convertissent à leur éternelle manifestation. Bien plutôt, druidique, païenne ou baptisée, c’est la même divinité française qui règne là, limpide et secrète, mettant tout son prix à ne pas être pénétrée, et tout son art à réduire en proportion humaine le paganisme immortel. L’un de nous, puisant avec ses mains aux bouches de bronze par où re déverse la source, nous propageait l’eau lustrale. J’eus la tentation pieuse de me signer, et, sentant monter à mes lèvres une oraison où fondre

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