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I58 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

pagne jusqu'à la porte, nous prie de laisser reposer sa sœur, auprès de qui elle veut rester seule avec ma tante Plantier... Abel me saisit par le bras et m'entraîne au-dehors, dans la nuit où nous marchons longtemps, sans but, sans courage et sans pensée.

��Je ne trouvais d'autre raison à ma vie que mon amour, me raccrochais à lui, n'attendais rien, et ne voulais rien attendre qui ne me vînt de mon amie.

Le lendemain, comme je m'apprêtais à l'aller voir, ma tante m'arrêta et me tendit cette lettre qu'elle venait de recevoir :

" La grande agitation de Juliette n'a cédé que vers le matin aux potions prescrites par le docteur. Je supplie Jérôme de ne pas venir d'ici quelques jours; Juliette pour- rait reconnaître son pas ou sa voix, et le plus grand calme lui est nécessaire...

Je crains que l'état de Juliette ne me retienne ici. Si peut-être je ne peux revoir Jérôme avant son départ, dis- lui, chère tante, que je lui écrirai... "

La consigne ne visait que moi. Libre à ma tante, libre à tout autre de sonner chez les Bucolin ; et ma tante comptait y aller ce matin même. Le bruit que je pouvais faire ? Quel médiocre prétexte... N'importe :

— C'est bien. Je n'irai pas, dis-je à matante.

Il m'en coûtait beaucoup de ne pas revoir aussitôt Alissa ; mais pourtant je craignais ce revoir ; je craignais

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