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LA MERE ET l'eNFANT 167

car il ne faut pas s'arroger tout d'abord le droit d'être fraternel ; mais des que je vous vis je compris que vous étiez désormais du côté du bonheur, lieu sûr et grave où ne se tient plus l'espérance, mais le paisible courage.

A la fin de " Marie Donadieu ", que je crois être le plus beau de vos livres parce qu'il porte tout votre orage et votre sérénité, vous nous dites : " J'ai vu un soir un explorateur. Il revenait alors du Golfe Persique. Une planche sur la mer, une montagne, une autre réunion d'hommes, un autre soleil, mais il y avait surtout ce sentiment d'avoir quitté quelque chose et d'être une façon de héros par sa seule présence. " Voila ce que vous étiez.

Vous avez eu pour moi de l'amitié, vous me l'avez écrit plusieurs fois, et ce mot si beau avait chez vous quelque chose de plus net et de plus certain, et semblait briller dans ce pur espace qui entoure la vérité. La dernière fois que je vous ai vu nous avons parlé de Michel et. Nous en parlions tous les deux à la fois, sans nous écouter, parce que chacun voulait être le premier à offrir à l'autre les plus beaux instants de ce paradis terrestre.

Aujourd'hui vous régnez sur cette ombre prodi- gieuse dont vous aviez goûté et entendu, auprès du petit Charles Blanchard, toutes les puissances, les insinuations et le silencieux tumulte. Nul n'est moins mort que vous, qui aviez, avec une subtilité divine, le sens du mystère. Dans ces longues journées des tombes vous êtes, comme autrefois, le cœur vigilant et l'auda-

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