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2IO LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

dier avec sa barbiche à la Napoléon III, aimait conter ces bonnes farces drolatiques dont on s'égaie longtemps dans les petits pays. Il était très bon dans la Pièce du Pape ou le Chat dans le Beurre ; il savait susciter l'attention et la maintenir. Quand il délaissait les histoires, c'était pour émettre des observations savoureuses, empreintes de la philosophie souriante de l'homme qui a prié son parti de sa situation et qui, somme toute, n'a pas trop mal réussi dans la vie.

On mangeait dans la première salle, à proximité de la porte de la rue. Il y avait au fond de la pièce deux lits jumeaux ; il y avait au milieu une cheminée de bois peinte en noir, avec une petite glace et des cadres ; il y avait l'horloge entre la porte et la fenêtre.

— " Il m'en faut moins qu'aux bourgeois, faisait le vieux sabotier. Cette chambre seule nous sert de salon, de salle à manger et de chambre à coucher ! "

Il taquinait son fils, lui reprochait de n'être pas assez sérieux, pas assez pratique et de fumer trop. Il lui donnait en exemple son beau-frère, ses amis, qui, eux, avaient la sagesse de dédaigner pipes et cigares. On devinait que ce brave homme, charmant avec ses con- vives, devait être dans l'intimité d'humeur bougonne, un tantinet ronchonneur et agaçant.

La bonne maman, en cette circonstance, comme toutes les femmes du peuple qui ont des invités, s'affairait à la cuisine, au service, et ce n'est qu'au dessert qu'elle con- sentait à se mettre à table. Mais alors elle donnait libre cours à sa franchise ingénue et charmante :

— Eh bien, êtes-vous contents ? Mon canard était-il réussi ? Dame, vous savez, c'est fête aujourd'hui chez

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