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paroir, un tarière, une cuiller, un butoir, un vé. Les décrire est impossible, tant le travail du bois est compliqué. Chacun d'eux avait son usage, chacun son moment, tout avait été prévu; après la hache on passait à l'asciot.

Il fallait être un habile homme et d'une conscience enragée pour pousser les sabots jusqu'à terme. Le bois, on l'a vu, ne s'attaque qu'à grands coups. Dans un élan continuel, emporté par une sorte de fureur guerrière, on eût dit que Baptiste se jetait, son outil dans une main, sur le quartier de bois qu'il maintenait de l'autre, et que, lui portant des coups droits, cette fois-ci enfin, il tenait sa vengeance. Il ne reculait pas. 11 était à craindre que dans l'ivresse du combat il ne perdit toute mesure et que, poussé par une seule rage, il ne la portât sur lui-même aussi. Baptiste, un jour, à l'âge de dix-neuf ans, ne calculant plus ses gestes, s'était fait sauter le pouce de la main gauche.

D'autres fois on eût dit que, soudain, changeant de tactique, il allait prendre le bois en travers. Il le fixait d'abord, le perçait, le creusait avec méthode, puis, lui ayant introduit un outil qu'il épaulait et qui s'appelait une cuiller, de tous côtés il arrachait et faisait sauter ce qui se présentait à ses coups, comme si, désespérant d'arriver à ses fins, incapable de le réduire, il allait supprimer un ennemi qui l'empêchait de vivre. Pour être sabotier, il faut être en colère. On s'attendait aux pires