Page:NRF 3.djvu/249

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


LETTRES 239

toutes dans ce sens. Allons-y, mon vieux ! oublions quelques-unes de nos idées de collège. Ah ! quand tu seras ici, ce que tu vas changer ?

J'ai quelques amis, très artistes, très ardents, destinés je crois à s'ouvrir la voie, mais parmi eux ce qui subsiste surtout c'est : i° l'horreur du journalisme ; 2° le mépris de l'art inférieur " déca- dent " ; 3 le désir d'être utiles en idées.

Un surtout, que je te peindrai quand j'aurai le temps : il dirige une revue que j'aime, l'Enclos.

«Tu la trouveras à Moulins place de la Liberté, 15. Je t'ordonne de l'acheter tous les mois. Paraît à des époques indéterminées... Au numéro de janvier, un mien article sur " l'Université ".

Je te peindrai aussi de curieux sculpteurs : Jean Baffier (membre du jury du salon, ancien tailleur de pierres), puissant comme la vie. Une définition très belle de l'art, par lui donnée : " L'art, c'est la conscience dans le travail ". Et il développe cette idée qu'un paysan taillant une belle gaule est aussi artiste qu'un sculpteur de Vénus.

Le plus prodigieux : Jean Brifaud, ancien pâtre (jusqu'à 20 ans). C'est un animaliste... prodigieux ! Adieu. Ce soir je vais aller donner le bonjour à Mallarmé. Oh non, toi qui te plains d'être découragé, si tu avais de l'être tous les motifs que j'ai ! Je suis dans de ces états, parfois ! Je te con- terai. Adieu. Les deux mains.

Charles-Louis Philippe.

�� �