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276 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

milieu de son corps un vide énorme que tout ce

qu'il voyait eût à peine pu combler. Il lui sembla

bien vite qu'il appréciait et qu'il jugeait les choses

avec un organe plus puissant encore que ses yeux :

avec son estomac !

1

Une vie nouvelle commença. Ce n'est pas im- punément que l'on a éprouvé de grands sentiments. Pendant les jours qui suivaient le jour du marché, il semblait à Charles Blanchard qu'il eût perdu quelque chose. Il parcourait une à une les rues de la petite ville qu'il habitait, il regardait autour de lui avec un grand soin, il ne pouvait se résoudre à rentrer dans sa maison. On le vit passer un peu partout. Il allait à petits pas, il se frottait aux murs, il s'arrêtait devant les boutiques, il se campait auprès d'un chien, auprès d'un chat, auprès d'un passant, auprès d'une voiture, auprès d'une fenêtre ouverte. On ne sait pas quel était l'objet de ses recherches, mais il les poursuivait avec avidité. Tout ce qu'il apercevait était soumis à un long examen : il se demandait si c'était cela !

Bien des fois il était prêt à s'emparer d'étranges choses. Que n'eût-il pas ramassé ! Que n'eût-il pas emporté entre ses bras et poussé jusqu'au fond de lui-même pour emplir un vide bizarre qu'il sentait dans son âme et dans son corps ! Il lui semblait

1 Les lignes de points se rapportent à des passages dont Charles- Louis Philippe n'avait pas établi le texte définitif.

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