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32>2 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

des créatures. Mais des poètes inférieurs sont tout à fait fascinants. Ils vivent la poésie qu'il* ne peuvent écrire. " Evidemment. Mais reste à savoir si pour mener une vie plus " fascinante " certains déjà ne renoncent pas à être vraiment poètes.

Tant que l'artiste subit une tyrannique tutelle sociale, tant qu'il œuvre en artisan de qui l'on ne tolère nulle besogne fantaisiste, son travail est probe et de portée générale. C'est le temps des grands ensembles, Acropole, cathédrales ou Ver- sailles. Mais dès qu'on abandonne l'inventeur à lui-même, il ne travaille plus que pour son plaisir^ pour flatter ses tendances les plus particulières, et son art ne répond plus qu'au goût de certains tempéraments apparentés au sien. Le règne de l'art veut l'esclavage de l'artiste. Ça et là surgit encore quelque Prométhée volontaire qui de lui-même va s'enchaîner au roc. Ce ne sont point les grands hommes qui manquent à leur tâche, ce sont les artisans qui désertent la leur, et nos mœurs ne nous permettent plus de les y ramener de force. — Il y a longtemps que, faute d'esclaves, on a dû renoncer à élever des Pyramides.

Jean Schlumberger.

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