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CHARLES BLANCHARD 29

encore, avec cet élan qu'ils ont pour sauter sur le bonheur. Leur âme joyeuse, à l'avant-garde d'un corps docile, l'entraîne dans toutes les aventures qui se présentent.

Alors même que Charles Blanchard tenait un sabot et une râpe entre ses mains et que ces objets ne lui inspiraient plus aucune crainte, il n'accep- tait pas l'amusante, ou tout au moins l'intéressante minute qu'il eût pu passer en leur compagnie. Certes, il pratiquait sur un sabot avec une râpe le travail que lui avait ordonné son oncle, certes il obéissait au commandement qu'il avait reçu, mais il ne voulait pas croire que la vie se relâchât à son égard de la sévérité dont elle avait toujours fait preuve. 11 ne savait pas ce qu'il craignait, mais il craignait quelque chose. D'un coup d'outil léger pour ne pas précipiter les événements, avec lenteur pour se donner du temps, il attaquait son bois. Il était attentif à chacun de ses mouvements, à chacun des bruits qu'ils provoquaient, aux moin- dres craquements qu'une oreille fine comme la sienne, seule pouvait entendre. Il craignait que le sabot n'éclatât, qu'il ne lui sautât à la figure, que la râpe ne le mordît. Il avait toujours une jambe en avant, il était toujours prêt, au premier signe de danger, à tout camper là pour aller chercher son salut dans la fuite.

Il lui fallut plusieurs jours pour acquérir ce qu'un autre eût conquis du premier coup : la

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