Page:NRF 3.djvu/352

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elle observait instinctivement tout ce qui l'entourait, elle avait vite reconnu les particularités de chaque bête, elle avait bientôt vu que chacune avait sa personnalité bien marquée. Punch, une sorte de mastodonte gris pommelé, avait été élevé au biberon, et de plus, fort mal élevé. Il avait acquis dès sa jeunesse des appétits étranges, mangeant tout ce qu'un cheval de bonne volonté peut avaler, et mâchonnant le reste. Sa présence non loin de la tente était toujours suspecte car il avait la manie des perquisitions.

George, le bai brun, pattu comme tout Clydesdale qui se respecte, était un travailleur hors ligne : la seule chose qu'il exigeait, c'est qu'on lui mît son mors sous le menton et non dans la bouche. Duke, le gros alezan, était depuis quatre ans complètement aveugle : il avait perdu la vue, disait Jones, en mangeant des melons sauvages sur le Darling. Son infirmité ne l'empêchait pas d'être un des meilleurs de l'attelage : chose étrange, Duke ne maigrissait jamais alors que ses compagnons de travail ne manquaient pas, chaque automne, de montrer clairement qu'ils possédaient le nombre de côtes réglementaire.

Jessie voyait tous les jours les animaux du bush ; tantôt les kangooroos aux grands yeux doux, tantôt les émus craintifs et curieux en même temps. Elle reconnaissait les oiseaux par leurs cris, ne trouvait pas répugnant le lézard à collerette qui semble une vilaine bête de songes. Elle s'arrêtait le long du chemin pour agacer avec un long bâton des fourmis bull-dogs dont la morsure est comme un fer rouge ; ou bien elle observait une grosse araignée rentrer dans son trou rond creusé en terre et fermer sa trappe. Les serpents ne lui faisaient pas peur et jamais elle ne passait auprès d'un sans essayer de lui casser les reins d'un coup de fouet.